Vieille connaissance (part.3)

Publié le par Verdad

Fuite


Une explosion retentit au rez-de-chaussée du restaurant. Je me précipitai aussitôt vers la chambre de la fille de Farinelli. Cette dernière était assise sur le lit et sanglotait. Sans ménagement, je la pris dans mes bras et courus vers l’escalier que je dévalai le plus vite possible. La salle principale du restaurant était la proie des flammes qui commençaient à tout dévorer sur leur passage dans un ronflement assourdissant. Il me fallait faire vite si je ne voulais pas terminer comme un vulgaire poulet rôti. Apparemment, l’agresseur n’était pas venu seul.
En passant près du comptoir, je vis, par terre, le pistolet utilisé par Farinelli. Un modèle mis au point par Crey Industry qui entravait sa cible par une enveloppe de glace, la ralentissant ainsi dans ses mouvements et lui infligeant des dégâts répétés. Je décidai qu’il pouvait m’être utile un jour et l’empochai précipitamment.
Faisant irruption dans la cuisine, je surpris deux individus dont l’un s’apprêtait à mettre le feu à des bidons probablement emplis d’essence. Ma perception temporelle se modifia sous l’effet de l’adrénaline. Le temps parut soudain ralentir. Fasciné, je contemplai l’allumette enflammée entamer une trajectoire qui l’amènerait au contact de la flaque d’essence.


rescue…Contact… Feu… Chaleur…
Je trouvai le temps de jurer tout en cherchant désespérément une issue quand mon regard tomba sur une porte située de l’autre côté du mur de feu naissant. Les incendiaires avaient disparu, probablement partis se mettre à l’abri au-dehors et s’assurant que personne ne ressortirait vivant de cet endroit. Il me fallait faire vite, très vite, avant l’explosion finale. J’espérai de toutes mes forces que cette porte n’était pas celle d’un quelconque débarras. Je saisis le pistolet et visai les flammes. Le rayon de glace amoindrit l’intensité des flammes ce qui me permit de passer à travers. Je défonçai la porte à grands coups de pied. Elle finit par s’ouvrir. Un sombre escalier, raide et humide, se présenta à nos yeux. Sans hésitation, je dévalai les marches, la chaleur des flammes me poursuivant avec avidité. Nous aboutîmes à une réserve remplie de divers caisses et cageots. L’enfant se dégagea de mes bras et alla actionner un interrupteur. Fiat lux. Elle attendit calmement et silencieusement. En haut, l’incendie faisait rage. Quelques flammes firent irruption par la porte qui bringuebalait sur ses gonds à moitié arrachés. Une épaisse fumée s’accumulait au plafond. Finalement, il semblait que nous fussions condamnés à mourir asphyxiés ou rôtis. Désespérant.


Alors que je commençai à me résigner, j’aperçus, sous une caisse de légumes, le demi-cercle d’une bouche d’égout. L’espoir renaquit. Je repoussai les caisses pour me faire de la place. Je jurai à nouveau. La plaque était bien trop lourde pour que je pusse la déplacer. Mon regard parcourut la pièce. Adossé à l’un des murs, se trouvait un établi sur lequel reposaient divers outils. Une barre à mine était accrochée en hauteur. Je la pris et m’en servis pour dégager le regard d’égout. Une échelle s’enfonçait dans la pénombre. La fillette s’approcha. Je lui fis signe de descendre et la suivis. Une fois parvenus au sol, je la repris dans mes bras. Une explosion retentit alors. Quelques débris tombèrent de la voûte. Peu désireux de rester ici plus longtemps, je courus dans la moiteur nauséabonde des égouts.

Au bout de ce qui me parut être une éternité, je déposai la fillette et décidai de faire une pause. Je m’assurai une fois de plus que nous n’avions pas été suivis. Une soudaine fatigue me retomba sur les épaules telle une chape de plomb. Depuis quelques jours, je n’avais guère mangé ni pris le temps de prendre de repos et, à présent, mon corps me le rappelait brutalement. Je frottai machinalement ma côte douloureuse.
« Comment tu t’appelles, Monsieur ? »
L’enfant me regardait de ses grands yeux bleus dans lesquels n’apparaissait nulle crainte.
« Verdad » lui répondis-je d’un ton las.
« Moi, c’est Sarah. Sarah Delente. Mon papa nous rejoindra ?»
Je commençai à regretter la promesse faite à l’ancien espion mort. Mais je décidai de lui annoncer la brutale vérité. Après tout, je n’avais pas demandé à être accompagné d’une enfant. Le long périple que j’avais entamé était loin d’être achevé et ne se présentait pas sous les meilleurs auspices.
« Il est mort, Sarah. »
« Tu l’as tué ? Quand vous vous êtes bagarrés ? Ce n’était pas un jeu alors ? »
Des larmes perlèrent aux coins de ses yeux. Elles tracèrent un sillon au milieu de la saleté de ses joues. Sarah me fixa et son regard s’emplit de colère mêlée à de la tristesse.
« Tu l’as tué ! Tu l’as tué ! C’est toi aussi qui a tué ma maman ! » hurla-t-elle d’une voix stridente en me frappant de ses petits poings. Je la laissai faire, les bras ballants, l’esprit vide, sans rien dire. Je ne me souvenais plus du temps où j’avais pu pleurer la perte d’un être cher. J’avais oublié ce qu’était la tristesse. Désormais de tels sentiments me paraissaient futiles, inutiles. Seules comptaient la haine, la colère.
« Je n’ai pas tué ton père, Sarah. Même si je suis en partie responsable de ce qui lui est arrivé. Je retrouverai ceux qui ont commis ce crime car ce sont aussi mes ennemis. »
- Menteur ! Je t’ai vu taper mon papa et ce n’était pas un jeu, je le sais bien !
Je me tus et la laissai à sa douleur.
« Viens. Nous ne pouvons rester ici. Ton père voulait que tu vives, je le lui ai promis. »
« …Et je tiens toujours mes promesses. » ajoutai-je.
L’enfant resta silencieuse. Elle finit par se lever tout en séchant les larmes dans la manche de sa chemise de nuit. Une petite main chaude se glissa dans ma main gantée. Nous nous remîmes en marche.

Les boyaux, péniblement éclairés par des lampes suspendues à la voûte, s’enchaînaient les uns après les autres. Des rats aussi gros que des chats s’enfuyaient à notre approche. D’étranges échos résonnaient de temps à autre. Nous étions parfois contraints de contourner des ensembles de tuyaux enchevêtrés laissant échapper des jets de vapeur brûlants. Mes yeux se brouillaient, la fatigue me faisait parfois tituber.
«On est perdu ? »
Je ne sus que répondre à cette simple question. Je me dis que si nous étions réellement perdus, personne ne pourrait nous retrouver, ce qui était bon signe en soi. De plus, nous avions eu la chance de ne croiser aucun représentant de la faune habituelle hantant les égouts de Paragon City. Je n’étais pas sûr de m’en sortir lors d’un combat contre des mages du Cercle ou des représentants du Freakshow. Sans parler de protéger la petite Sarah. D’un autre côté, notre situation n’était guère brillante, il fallait bien se l’avouer.

Un couloir emprunté déboucha soudain sur une plate-forme. Une rambarde détruite en partie la ceignait. Quelques lampes dispensant une lueur anémiée fonctionnaient encore. Dans la pénombre, je distinguai une escalier que nous empruntâmes. En bas, je me dirigeai au hasard vers une des sorties et nous nous retrouvâmes dans une immense salle au milieu de laquelle se profilaient les restes d’une vieille grue géante. Des débris au milieu desquels on apercevait parfois les traces de précédents occupants parsemaient le sol.


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Une cabine surplombait la salle. Elle pourrait nous offrir un abri provisoire. Nous nous dirigeâmes vers la droite et après être passés sous une arche en mauvais état, nous parvînmes à un escalier à moitié écroulé. Cela semblait être le passage obligé vers la cabine. Sans avertissement, Sarah grimpa quatre à quatre les marches et bondit par-dessus l’espace béant de la partie écroulée. Un craquement métallique se fit entendre. J’eus à peine de la saisir par le bras. Des fragments rouillés de l’escalier dégringolèrent dans le trou.
« Ne refais plus jamais ça ! » criai-je. Je n’eus pour réponse qu’un petit rire. Sarah semblait satisfaite de m’avoir mis dans cette situation. Je soupirai et la portai sur mon dos. Je franchis d’un bond l’espace entre les deux escaliers aux marches branlantes et poursuivis mon chemin dans l’étroit passage menant à la cabine. Je décidai d’y passer la nuit.
« Où on est ? ça pue et on n’y voit rien ! Je veux rentrer à la maison ! » pleurnicha Sarah.
« Nous allons rester ici le temps de nous reposer. Je te trouverai une autre maison. Promis. » la rassurai-je du mieux que je pus. Je dénichai de vieilles couvertures moisies qui traînaient dans la cabine de commande de la grue et confectionnai un lit de fortune pour la fillette. Celle-ci se coucha sans rien dire et finit par s’assoupir, recluse de fatigue.
Avant de faire de même, je pris le temps d’explorer les lieux. Ceux-ci semblaient totalement déserts et je découvris d’autres passages menant à des salles poussiéreuses et abandonnées. Certaines des machines que j’examinai semblaient en meilleur état qu’elles ne le paraissaient. Si on prenait le temps de les nettoyer, de les remettre en état, elles fonctionneraient probablement. Cela exigerait du travail mais, au moins, j’avais trouvé un lieu qui pourrait me servir de base d’opérations.
Satisfait, je remontai dans la cabine de commande et m’assis en face de Sarah qui dormait à poings fermés, un pouce dans la bouche.

Pénombre… Obscurité… Extinction des feux…. Bonne nuit.

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Publié dans Le journal de Verdad

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