Immondices (part.3)
20 000 lieux sous les égouts
Le kidnappeur de Sarah se tenait devant ce qui ressemblait à première vue à un immonde tas de gelée verte parcouru de frissons. D’innombrables tentacules s’entremêlaient sur le sol aux alentours, fouettant l’air putride de la salle. L’Hydre. Rien à voir avec celle de Lerne.
La petite fille se tenait, silhouette tremblotante et paralysée d’horreur, devant elle. Le Mortificateur la poussait vers le monstre qui baignait dans une mare d’eau au centre de la salle. Je pouvais distinguer les nombreuses bouches et paires d’yeux de l’Hydre. Cette dernière semblait se délecter à l’idée de dévorer Sarah.
Je décidai d’agir vite. Très vite. Mon état ne me permettait guère de combattre longtemps. Je bousculai le Mortificateur qui s’affala lourdement dans la boue, bondis et saisis à bras-le-corps Sarah. Je me dirigeai en courant vers le plus proche escalier. « Désolé mais il va falloir te trouver un autre en-cas ! pensai-je à l’adresse de la créature. » D’innombrables bouches claquèrent de dépit, les yeux se tournèrent vers moi et les tentacules redoublèrent d’activité, tentant de m’atteindre.
Je courus en esquivant les attaques de l’Hydre vers une saillie du mur de brique qui me permettrait d’atteindre une passerelle. Je mis Sarah sur mon dos afin de profiter de mes deux mains pour prendre appui. Parvenu sur la passerelle, je poursuivis mon ascension hors de ce puits infernal en courant, bondissant d’une plate-forme à l’autre avec l’énergie du désespoir. A un moment donné, je ressentis la rude caresse d’un tentacule dans mes jambes. Un coup de lame le trancha. Mais cela ne fit qu’attiser la fureur de la bête dont les multiples bouches s’ouvraient et se fermaient frénétiquement, poussant de muets hurlements en dessous de moi.
Je ne sus comment mais je réussis à atteindre le sommet. Plus que quelques mètres avant de franchir la porte qui me mènerait au-dehors… Ma vue se troubla soudain. Je trébuchai. Une douleur intense me vrilla les tempes. Une tige de métal s’enfonçait dans mon crâne, une horde de démons ricanants frappaient sur d’immenses fût métalliques, une chape de plomb enserrait mon cerveau, le réduisant impitoyablement, une forêt de tentacules s’insinuait sous mon crâne... Telles furent mes impressions à ce moment. L’Hydre, ne pouvant m’atteindre de ses membres, utilisait ses pouvoirs télépathiques.
La douleur me fit hurler ainsi que Sarah qui lâcha prise. Je me retrouvai à genoux, recroquevillé au bord de la plate-forme. Je basculai. Dans un ultime réflexe de survie, j’agrippai le rebord et demeurai suspendu au-dessus du vide. Je vis dans un brouillard rougeâtre la petite fille tituber au-dessus de moi en se tenant la tête entre les mains. Elle tomba, inerte, sur le plancher.
Une ombre apparut soudain et sauta dans le puits. Je la vis atterrir sur le dos de la Bête. Je perdis conscience à ce moment et ne pus admirer le combat de Shadow Girl contre l’Hydre. Tant pis, j’aurais au moins tenté de tenir ma promesse envers le père de Sarah. La chance avait tourné. J’avais mal, j’étais épuisé, j’étais arrivé au bout de ma route. Dormir était tout ce que je souhaitais le plus au monde. Ne plus se préoccuper de quoi que ce soit. Adieu. Je me laissai glisser.

La petite fille se tenait, silhouette tremblotante et paralysée d’horreur, devant elle. Le Mortificateur la poussait vers le monstre qui baignait dans une mare d’eau au centre de la salle. Je pouvais distinguer les nombreuses bouches et paires d’yeux de l’Hydre. Cette dernière semblait se délecter à l’idée de dévorer Sarah.
Je décidai d’agir vite. Très vite. Mon état ne me permettait guère de combattre longtemps. Je bousculai le Mortificateur qui s’affala lourdement dans la boue, bondis et saisis à bras-le-corps Sarah. Je me dirigeai en courant vers le plus proche escalier. « Désolé mais il va falloir te trouver un autre en-cas ! pensai-je à l’adresse de la créature. » D’innombrables bouches claquèrent de dépit, les yeux se tournèrent vers moi et les tentacules redoublèrent d’activité, tentant de m’atteindre.

Je courus en esquivant les attaques de l’Hydre vers une saillie du mur de brique qui me permettrait d’atteindre une passerelle. Je mis Sarah sur mon dos afin de profiter de mes deux mains pour prendre appui. Parvenu sur la passerelle, je poursuivis mon ascension hors de ce puits infernal en courant, bondissant d’une plate-forme à l’autre avec l’énergie du désespoir. A un moment donné, je ressentis la rude caresse d’un tentacule dans mes jambes. Un coup de lame le trancha. Mais cela ne fit qu’attiser la fureur de la bête dont les multiples bouches s’ouvraient et se fermaient frénétiquement, poussant de muets hurlements en dessous de moi.
Je ne sus comment mais je réussis à atteindre le sommet. Plus que quelques mètres avant de franchir la porte qui me mènerait au-dehors… Ma vue se troubla soudain. Je trébuchai. Une douleur intense me vrilla les tempes. Une tige de métal s’enfonçait dans mon crâne, une horde de démons ricanants frappaient sur d’immenses fût métalliques, une chape de plomb enserrait mon cerveau, le réduisant impitoyablement, une forêt de tentacules s’insinuait sous mon crâne... Telles furent mes impressions à ce moment. L’Hydre, ne pouvant m’atteindre de ses membres, utilisait ses pouvoirs télépathiques.
La douleur me fit hurler ainsi que Sarah qui lâcha prise. Je me retrouvai à genoux, recroquevillé au bord de la plate-forme. Je basculai. Dans un ultime réflexe de survie, j’agrippai le rebord et demeurai suspendu au-dessus du vide. Je vis dans un brouillard rougeâtre la petite fille tituber au-dessus de moi en se tenant la tête entre les mains. Elle tomba, inerte, sur le plancher.Une ombre apparut soudain et sauta dans le puits. Je la vis atterrir sur le dos de la Bête. Je perdis conscience à ce moment et ne pus admirer le combat de Shadow Girl contre l’Hydre. Tant pis, j’aurais au moins tenté de tenir ma promesse envers le père de Sarah. La chance avait tourné. J’avais mal, j’étais épuisé, j’étais arrivé au bout de ma route. Dormir était tout ce que je souhaitais le plus au monde. Ne plus se préoccuper de quoi que ce soit. Adieu. Je me laissai glisser.
Fille de l’Ombre
Une vive douleur dans le poignet… Je vole doucement vers le haut… Non… Je suis tiré vers le haut…
« Hey ! Monsieur le manteau noir ! ce n’est pas le moment de dormir ! » Je n’ai pas vu de lumière au bout du tunnel ni d’ange habillé de blanc éclatant. Disons que la mien était plutôt sombre et sans aile. La Fille de l’Ombre. Elle me tenait par le poignet et me soulevait sans effort apparent comme si je n’étais qu’un vulgaire fétu de paille. Elle me déposa sur le sol métallique.
« Et alors ? On se laisse aller ? » Toujours cette ironie et ce regard pétillant. Shadow Girl me fixait la tête penchée sur le côté. « Ouais… Il y a des jours comme cela, grommelai-je en me massant les tempes. » La douleur avait disparu.
Sarah se tenait contre le mur du tunnel, l’air hagard mais au moins était-elle vivante. J’espérai que les événements de ces dernière heures pourraient s’effacer de sa mémoire sinon je ne donnai pas cher de sa santé mentale. Je songeai que ce n’était pas vraiment les circonstances idéales pour une petite fille. Il me fallait absolument lui trouver une famille, un lieu où elle pourrait s’épanouir et grandir comme tous les autres enfants. Mais mes priorités étaient toute autre dans l’immédiat. Je me relevai et décidai de retourner dans ce qui allait devenir mon repaire. Nous revînmes dans la cabine de la grue.
Sarah s’allongea sur les sacs en toile de jute que j’avais disposés pour constituer un lit. Elle s’endormit rapidement, le pouce dans la bouche. J’enlevai mon manteau et m’affalai lourdement sur une vieille chaise qui traînait. Shadow Girl me tournait le dos. Elle semblait contempler à travers les vitres sales l’ancien entrepôt qui s’étendait dans la pénombre en dessous de nous. Je lui devais une fière chandelle pour son aide mais je voulais avant tout éclaircir certains points encore obscurs à son sujet (oui, il m’arrive de faire preuve d’un certain humour parfois… bien involontaire ceci dit).
« Dites-moi, je n’ai pas très bien compris ce que vous faisiez en habits de carnaval dans les égouts ?... (j’optai pour une entrée en matière franche et décomplexée).
La jeune femme ne sembla pas s’offusquer de mes propos.
- Je vous l’ai dit, Monsieur le manteau noir, je suis venue effectuer certaines recherches. Sur ma nature, ce que je suis devenue. Sur les âmes et autres choses de cet acabit.
- Il me semble que cela relève plutôt de la recherche livresque non ? Rayon Psychologie ou Magie e tutti quanti ? »
Un fou rire secoua les épaules de Shadow Girl. Chose insolite, j’eus l’impression d’entendre les rires de plusieurs personnes en même temps. La jeune femme se tourna vers moi, une étrange lueur dans les yeux.
« Mon Dieu, s’il savait !
- Ha ! Je pense que le jeune homme n’a pas très bien saisi !
- Mais comment le pourrait-il ? Ce ne sont pas chose courante que ce que nous vivons !
- Ce n’en est que plus rigolo ! Ha ha ha !
- Et le pauvre qui s’imagine avoir affaire à une simple jeune fille !
- Ah ça, mon pote, tu risques d’être déçu ! Fais gaffe où tu mets tes paluches, mon gars !
Une cacophonie de voix diverses, de grognements sortit de sa bouche. La jeune femme se tortillait et prenait diverses poses tout en parlant. Le résultat était impressionnant et les poils de ma nuque se dressèrent.
« Oui… car nous sommes Legion ! cria Shadow Girl en se cambrant soudain. »
Ses yeux avaient roulé dans leur orbite. On n’en voyait plus que le blanc. Sa bouche grande ouverte me fit penser à ce tableau d’Edward Munch, le Cri.
« Silence ! »
Encore une autre voix. Celle d’une femme mûre. Autoritaire. Les voix se turent.
« Pardonnez-nous, il n’est pas toujours facile de contrôler tout ce monde. Je pense que nous vous devons quelques explications après ce que nous avons vécu. » Nous ? Ce monde ? Je ne voyais qu’une personne en face de moi.
- Qui êtes-vous ? demandai-je.
- La mère de celle qui se fait appeler Shadow Girl. Ma fille a un don. Peut-être devrai-je dire une malédiction. Lors de la naissance de ma fille, mon âme a été absorbée. Je suis morte. Et pourtant, je revis en elle. Depuis, nous sommes obligées d’absorber d’autres âmes. L’inconvénient est que ces victimes sont vivantes d’une certaine manière. Selon leur force de caractère, elles chercheront à prendre le contrôle de ce corps. J’essaie de protéger ma fille, de contrôler ces âmes. Je suis bien consciente que ceci est incroyable mais le fait est. Nous ne nous l’expliquons pas et c’est ainsi. Nous devons vivre avec. J’ignore l’origine de ce mal et c’est en partie pour cela que nous sommes venues ici. Afin de trouver une explication et un remède à cette malédiction. »
Et moi qui pensais avoir affaire à un cas de personnalité multiple ! J’étais servi. J’avais toujours cru que ce genre de choses n’arrivait que dans les films. Pour employer un bon vieux poncif : la réalité dépassait la fiction. Je ne sus que dire.
« Que comptez-vous faire au sujet de la fille que vous avez sauvée ? me demanda-t-elle, changeant de sujet.
- Je l’ignore. Je ne peux la garder auprès de moi, ce serait risqué pour elle. Il lui faut une famille.
- Je crois que je peux vous aider Monsieur le manteau noir. »
Shadow Girl semblait être de retour. Bien. Je préférai éviter autant que faire se peut d’avoir affaire à Légion.
- Dites toujours.
- Je connais un couple qui a perdu son enfant lors d’un accident. La mère, devenue stérile des suites d’un cancer, ne peut avoir un autre enfant. Ces gens seraient parfaits pour la petite. Ils n’ont pas mérité leur malheur. C’est ce genre de personne qui m’empêche de basculer dans la folie.
- Et ils m’ont rendu de nombreux services. Je leur suis redevable, ajouta-t-elle.
- Bien. Vous pourriez vous en occuper ?
- Moi ? Vous ne voulez pas le faire vous-même ?
- Pourquoi le ferais-je ? Cette gamine ne représente rien pour moi. »
« Et alors ? On se laisse aller ? » Toujours cette ironie et ce regard pétillant. Shadow Girl me fixait la tête penchée sur le côté. « Ouais… Il y a des jours comme cela, grommelai-je en me massant les tempes. » La douleur avait disparu.
Sarah se tenait contre le mur du tunnel, l’air hagard mais au moins était-elle vivante. J’espérai que les événements de ces dernière heures pourraient s’effacer de sa mémoire sinon je ne donnai pas cher de sa santé mentale. Je songeai que ce n’était pas vraiment les circonstances idéales pour une petite fille. Il me fallait absolument lui trouver une famille, un lieu où elle pourrait s’épanouir et grandir comme tous les autres enfants. Mais mes priorités étaient toute autre dans l’immédiat. Je me relevai et décidai de retourner dans ce qui allait devenir mon repaire. Nous revînmes dans la cabine de la grue.
Sarah s’allongea sur les sacs en toile de jute que j’avais disposés pour constituer un lit. Elle s’endormit rapidement, le pouce dans la bouche. J’enlevai mon manteau et m’affalai lourdement sur une vieille chaise qui traînait. Shadow Girl me tournait le dos. Elle semblait contempler à travers les vitres sales l’ancien entrepôt qui s’étendait dans la pénombre en dessous de nous. Je lui devais une fière chandelle pour son aide mais je voulais avant tout éclaircir certains points encore obscurs à son sujet (oui, il m’arrive de faire preuve d’un certain humour parfois… bien involontaire ceci dit).« Dites-moi, je n’ai pas très bien compris ce que vous faisiez en habits de carnaval dans les égouts ?... (j’optai pour une entrée en matière franche et décomplexée).
La jeune femme ne sembla pas s’offusquer de mes propos.
- Je vous l’ai dit, Monsieur le manteau noir, je suis venue effectuer certaines recherches. Sur ma nature, ce que je suis devenue. Sur les âmes et autres choses de cet acabit.
- Il me semble que cela relève plutôt de la recherche livresque non ? Rayon Psychologie ou Magie e tutti quanti ? »
Un fou rire secoua les épaules de Shadow Girl. Chose insolite, j’eus l’impression d’entendre les rires de plusieurs personnes en même temps. La jeune femme se tourna vers moi, une étrange lueur dans les yeux.
« Mon Dieu, s’il savait !
- Ha ! Je pense que le jeune homme n’a pas très bien saisi !
- Mais comment le pourrait-il ? Ce ne sont pas chose courante que ce que nous vivons !
- Ce n’en est que plus rigolo ! Ha ha ha !
- Et le pauvre qui s’imagine avoir affaire à une simple jeune fille !
- Ah ça, mon pote, tu risques d’être déçu ! Fais gaffe où tu mets tes paluches, mon gars !
Une cacophonie de voix diverses, de grognements sortit de sa bouche. La jeune femme se tortillait et prenait diverses poses tout en parlant. Le résultat était impressionnant et les poils de ma nuque se dressèrent.
« Oui… car nous sommes Legion ! cria Shadow Girl en se cambrant soudain. »
Ses yeux avaient roulé dans leur orbite. On n’en voyait plus que le blanc. Sa bouche grande ouverte me fit penser à ce tableau d’Edward Munch, le Cri.
« Silence ! »
Encore une autre voix. Celle d’une femme mûre. Autoritaire. Les voix se turent.
« Pardonnez-nous, il n’est pas toujours facile de contrôler tout ce monde. Je pense que nous vous devons quelques explications après ce que nous avons vécu. » Nous ? Ce monde ? Je ne voyais qu’une personne en face de moi.
- Qui êtes-vous ? demandai-je.
- La mère de celle qui se fait appeler Shadow Girl. Ma fille a un don. Peut-être devrai-je dire une malédiction. Lors de la naissance de ma fille, mon âme a été absorbée. Je suis morte. Et pourtant, je revis en elle. Depuis, nous sommes obligées d’absorber d’autres âmes. L’inconvénient est que ces victimes sont vivantes d’une certaine manière. Selon leur force de caractère, elles chercheront à prendre le contrôle de ce corps. J’essaie de protéger ma fille, de contrôler ces âmes. Je suis bien consciente que ceci est incroyable mais le fait est. Nous ne nous l’expliquons pas et c’est ainsi. Nous devons vivre avec. J’ignore l’origine de ce mal et c’est en partie pour cela que nous sommes venues ici. Afin de trouver une explication et un remède à cette malédiction. »
Et moi qui pensais avoir affaire à un cas de personnalité multiple ! J’étais servi. J’avais toujours cru que ce genre de choses n’arrivait que dans les films. Pour employer un bon vieux poncif : la réalité dépassait la fiction. Je ne sus que dire.

« Que comptez-vous faire au sujet de la fille que vous avez sauvée ? me demanda-t-elle, changeant de sujet.
- Je l’ignore. Je ne peux la garder auprès de moi, ce serait risqué pour elle. Il lui faut une famille.
- Je crois que je peux vous aider Monsieur le manteau noir. »
Shadow Girl semblait être de retour. Bien. Je préférai éviter autant que faire se peut d’avoir affaire à Légion.
- Dites toujours.
- Je connais un couple qui a perdu son enfant lors d’un accident. La mère, devenue stérile des suites d’un cancer, ne peut avoir un autre enfant. Ces gens seraient parfaits pour la petite. Ils n’ont pas mérité leur malheur. C’est ce genre de personne qui m’empêche de basculer dans la folie.
- Et ils m’ont rendu de nombreux services. Je leur suis redevable, ajouta-t-elle.
- Bien. Vous pourriez vous en occuper ?
- Moi ? Vous ne voulez pas le faire vous-même ?
- Pourquoi le ferais-je ? Cette gamine ne représente rien pour moi. »
Publicité