Immondices (part.2)

Publié le par Verdad

Calamar a la romana

Une question fit surface dans mon esprit : que faisait une fille déguisée, aussi bonne combattante soit-elle, dans cette partie des égouts ? Je posai la question à Shadow Girl.
« Je chasse les Vahziloks, telle fut sa laconique réponse. »
Chose étrange, sa réponse ne me satisfaisait pas. Je ressentais un certain trouble, différent de ce que pouvait déclencher un mensonge de la part de mon interlocuteur. Je jetai l’emballage du sandwich par terre et lui fis face.
« Mensonge. Vous ne dites pas tout.
- Que voilà une bien étrange manière de remercier ceux qui vous aident ! »
L’ironie teintait ses paroles. Une main sur la hanche, l’autre soutenant son petit menton, elle leva les yeux au ciel et parut plongée dans une profonde méditation.

meditation
« Mais que viens-je faire dans ces lieux où règne une sordide puanteur ? Ah oui ! Son visage s’éclaira soudain. Oui, j’étudie le métabolisme des zombies utilisés par les Vahziloks. Les Mortificateurs font un incroyable boulot sur ces cadavres. C’est ab-so-lu-ment fascinant ! » On aurait cru, au son de voix, qu’elle avait trouvé un nouveau jouet extraordinaire.
« Je me demande bien où se trouve le sergent Turck ? Il aurait dû signer le registre des gardes. A moins que… » Ses yeux devinrent vitreux l’espace d’une seconde. Sa voix elle-même avait changé. Comme si une autre personne parlait dans ce corps. Un frisson parcourut la jeune femme et elle me fixa à nouveau en souriant. Je remarquai le dessin de ses lèvres fines et la blancheur de ses dents. Un sourire charmeur et charmant à souhait.
« Je crains de m’être quelque peu égarée, cher monsieur le manteau noir. Veuillez me pardonner cette petite absence ! »
Décontenancé par ces brutaux changements, je ne sus que lui répondre et grommelai une vague réponse incompréhensible. Je remis à plus tard les explications de ce comportement pour le moins insolite.
Je me levai péniblement avec l’impression d’avoir vieilli de plusieurs siècles. Je fis signe à la jeune femme de passer devant moi. Elle emprunta un couloir adjacent chichement éclairé par une série d’ampoules suspendues à un long câble. A un moment donné, nous franchîmes une porte métallique discrète et poursuivîmes notre route, arpentant d’interminables couloirs puants qui s’enchaînaient les uns derrière les autres. En chemin, Shadow Girl m’expliqua la raison de la présence des Vahziloks : ces derniers pensaient tirer bénéfice de la monstrueuse créature tapie au fond des égouts pour accroître leurs pouvoirs. Nous parvînmes au bout de ce qui me parut de longues heures devant une vieille porte rouillée.
« Nous entrons dans le domaine de l’Hydre à présent. Il faudra se montrer extrêmement prudent, les Vahziloks patrouillent régulièrement afin d’éviter toute intrusion dans l’antre de la Créature et ils ne se montrent guère accueillants.
-Je pense être capable de me montrer suffisamment prudent lorsque les circonstances l’exigent. Je suis juste venu chercher une gamine, pas pour faire du tourisme. »

hydre
Nous franchîmes la porte qui s’ouvrit difficilement en grinçant. Nous poursuivîmes le long d’un nouveau couloir. Nous débouchâmes soudain dans une vaste salle circulaire baignant dans une lueur d’un vert malsain. Une série d’escaliers métalliques permettait de descendre dans les profondeurs de ce puits duquel jaillissait un souffle chaud et nauséabond. Les lieux étaient peuplés de Vahziloks et d’autres créatures à l’allure de méduses bipèdes. D’ailleurs, notre entrée semblait avoir déclenché un certain remue-ménage. J’aperçus un groupe de Cadavres se précipitant de leur allure chaloupée vers nous. Tant pis pour la discrétion… le temps du combat était venu.
immondicespart1

« Foncez, me hurla Shadow Girl. Nous allons tenter de les retenir. Sauvez la fille ! » Nous? Bizarre... J’acquiesçai sans réfléchir et chargeai le tas de zombies, lames en avant. J’esquivai les premières attaques, lentes mais brutales, sautai par-dessus une rambarde pour me retrouver nez à nez avec un Mortificateur agenouillé près d’un cadavre. L’homme se releva rapidement, brandissant un large couteau de boucher. Je lançai mes deux lames en avant, visant son visage. Il se pencha en arrière et bondit sur moi, me saisissant à bras-le-corps. Mes côtes protestèrent vigoureusement. Nous tournoyâmes comme deux amants ivres. Nous heurtâmes la rambarde qui céda brutalement sous la poussée des deux corps entremêlés.

… chute… haleine fétide contre mon visage…  

Je réussis, en me démenant comme un forcené, à enfoncer l’une de mes lames entre les côtes de mon adversaire.

… chute… atterrissage…

Je devais être béni des dieux car lors de notre lutte, je m’étais retrouvé au-dessus du Mortificateur qui avait ainsi amorti le choc de l’atterrissage (et avait également eu la bonne idée de mourir en même temps). Je me relevai, courbatu, sonné. Un hurlement me fis reprendre mes esprits. Mon sang se glaça devant la scène qui s’offrait à mes yeux.

à suivre ...
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Publié dans Le journal de Verdad

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