Naissance

Publié le par Verdad

Révélation

 

J'ai reçu un don.

Saviez-vous qu'une personne ment en moyenne trois fois par dix minutes de conversation? Je suis capable de déceler ces mensonges. Toutes sortes de mensonges. Votre vie privée n'a pas de secrets pour moi. Votre âme et les tréfonds de votre être me seront révélés si vous me parlez. Le monde n'a aucun intérêt pour moi car j'y lis comme dans un livre. Ce don devient de la divination car je peux prévoir à l'instant les dangers me menaçant. Rien de bien magique ou d'exceptionnel là dedans, juste un sixième sens… ou tout simplement un instinct de survie surdéveloppé.

Je suis cependant fasciné par la propension humaine au mensonge. Mentir par lâcheté, par amour, par compassion, par cruauté: chacun y trouve une justification tantôt vertueuse tantôt vicieuse. Le mensonge n'a aucun effet sur moi: je peux sentir son odeur, un son caractéristique, voire un changement du langage corporel lorsque j'ai affaire à lui.

 

J'ai été engagé chez Crey Industry. J'y travaillais comme responsable de la sécurité, section contre-espionnage industriel. Mon don me permettait de débusquer le moindre mensonge, la moindre trahison. Mais ce qui était une bénédiction pour mon métier, était une malédiction pour mes relations avec les autres. Mes collègues m'évitaient ostensiblement lorsque c'était possible.

 Je fus un jour convoqué par les hautes instances. Deux armoires à glace vinrent me chercher et m'emmenèrent dans la tour principale du complexe. De longs couloirs se succédaient. Ascenseurs, sas de sécurité, ascenseurs, couloirs, fouilles... 

Nous parvînmes, mes gorilles et moi, au saint des saint après un parcours qui me parut durer une éternité.

La pièce, immense, était sobrement décorée. De larges baies vitrées, probablement à l'épreuve des balles et de tout autre projectile malveillant, nous entouraient. De multiples spots de lumière dispensaient une lumière tamisée. La comtesse Crey en personne se tenait devant l'une des baies dominant Paragon City. Je n'avais encore jamais eu l'occasion de la voir autrement que par les biais des médias télévisés.

Elle se retourna lentement et me fit signe de m'asseoir dans l'un des fauteuils en cuir d'aspect accueillant après avoir congédié d'un regard les gardes du corps. Elle s'installa elle-même en face de moi, croisa ses jambes et me sourit. Ses yeux gris me fixaient.

Il émanait de la comtesse Crey une froideur impitoyable. Son visage pouvait sourire mais ses yeux déniaient toute tentative de chaleur. Elle s'adressa à moi d'une voix étonnamment rauque:

 

La Comtesse Crey"J’ai eu l’occasion de parcourir vos tests d’aptitudes, ainsi que votre bilan psychologique. C’est impressionnant !"

" Un problème peut être, Madame la Comtesse?".

- Non, aucun, rassurez-vous. J'ai lu que vous surpassiez même les plus perfectionnés détecteurs de mensonge. D’où vous vient cette faculté ?"

- Je l'ignore, Madame, je suis né ainsi.

- Pourtant, en lisant vos tests médicaux, nous n'avons décelé aucune altération génétique. Vous êtes tout ce qu’il y a de plus… banal. Médicalement parlant, bien sûr ! »

 

Son rire cristallin me dégoulina dans le dos en une désagréable sensation. Je ne savais pourquoi mais une lumière jaune se mit à clignoter quelque part au fond de ma tête lorsqu'elle prononça le mot "banal".

La comtesse me proposa un verre de vin que je n’eus pas l’audace de refuser. Tout en sirotant son verre, elle poursuivit de sa voix rauque:

 « Je constate également que vous avez développé un comportement peu sociable. Vous ne participez pas aux comités d’entreprise, aux arbres de Noël. Vous ne semblez pas entretenir de relations particulières autre que professionnelles avec vos collègues au sein de l’entreprise. Avez-vous de la famille, au moins ?"

- Je n’en ai plus, Madame la Comtesse.

A quoi rimaient toutes ces questions pour le moins indiscrètes? Pourquoi me questionner sur mes éventuelles relations sociales alors qu'elle savait pertinemment ce qu'il en était, les dossiers sur chaque personne travaillant à Crey Industry étant les plus complets qui soient (je le sais bien car c'est moi qui me charge de leur rédaction)?

 

- Bien, je vais être honnête avec vous. Je pense que vous êtes le candidat idéal."

- Pour quelle fonction, Madame ?

La lumière jaune vira à l'orange foncé.

- Vous êtes une véritable énigme, cher monsieur. Vous détectez le mensonge et le danger sans que l’on sache comment. La génétique n’a rien pu trouver. Vous avez un don et votre don nous intéresse.»

Elle se leva souplement et se dirigea, le verre toujours à la main, vers l'une des baies vitrées. Elle me tournait le dos à présent et apparaissait comme une simple silhouette dans la lumière crépusculaire baignant Paragon City.

La lumière dans mon esprit vira au rouge

 

«Cher Monsieur le Chef de la Sécurité, j’ai malheureusement une mauvaise nouvelle. Nous ne pouvons vous garder en tant qu’employé. Mais rassurez vous, vous resterez la propriété de Crey Industry !

- Pardonnez-moi mais je ne saisis pas bien, Madame la Comtesse..."

- Il semble qu'une surcharge de travail alliée à une profonde dépression vous ait amené à vous suicider en vous jetant sous le tramway. Une lettre annonçant votre acte a été retrouvée par l'une de nos employées sur votre bureau. Votre crémation aura lieu dans quelques jours.

-...

Tous les voyants de mon esprits clignotèrent frénétiquement et une sirène hurla. Je me levai de mon siège.

 

- Hé bien, Monsieur le Chef de la Sécurité, il semble que vous ayez perdu la capacité de vous exprimer autrement que par ce regard stupide que vous me lancez? Je suppose que ce doit être l'effet de notre neuroparalysant. Rassurez-vous, aucun effet secondaire n'est à craindre. Vous vous réveillerez sous peu en parfaite santé.»

 

Je m'affaissai lourdement sur le tapis. J'entrevis la silhouette de la Comtesse se retourner et se diriger vers moi. Elle se pencha et me pris la tête entre ses mains étrangement chaudes. Ses immenses yeux gris m'hypnotisèrent.

D'une voix douce, elle murmura: 

«A présent, vous allez nous être bien plus utile, Monsieur le Chef de la Sécurité. Dormez, vous l'avez mérité."

 

Extinction des feux. Obscurité.
 

 

Rencontre


 

 Brouillard.. Mouvements... D'immenses silhouettes floues s'agitent autour de moi.... Un vent hurle dans mes oreilles...

 

Eclair de lumière pourpre...

 

Des voix résonnent. Je soulève péniblement une paupière (la gauche pour être précis). Des silhouettes vêtues de blanc passent devant moi. Je suis allongé sur ce qui semble être une couche. Je distingue péniblement en monoscopie une forêt de câbles fins s'enfonçant dans mes bras et mon torse. L'une des silhouettes bipèdes se penche sur moi. Une main douce et fraîche se pose sur mon front et je ressens aussitôt une piqûre dans mon membre supérieur droit. Le muscle de ma paupière gauche déclare forfait et laisse retomber le rideau... Bonne nuit.

 

Obscurité... Néant... Les trois vieilles Parques continuent de dérouler le fil du temps et du destin... Morphée me tient compagnie... 

 

Je n'eus aucun souvenir précis de ce qui m'arriva par la suite. Je sus plus tard, bien plus tard, en écoutant la conversation des gardes que je me trouvais dans un laboratoire secret situé dans un quartier de haute sécurité du complexe de Crey Industry.

Mon univers se limitait à une pièce minuscule, meublée en tout et pour tout d'une cuvette de toilette et d'un sommier fatigué. Mes journées étaient rythmées par les repas glissés régulièrement par une trappe de la porte blindée. Je crus perdre la raison. J'avais beau hurler, frapper les murs, la porte. Nemo. Personne. Ma solitude était encore plus grande qu'auparavant, chose que je croyais impossible.

Le jour où je pus subtiliser une fourchette métallique égarée sur mon plateau repas, je me mis à graver patiemment, obstinément sur les murs de ma cellule une phrase apparue dans mon esprit tourmenté. Elle s'affichait en gigantesques lettres de feu. Elle me torturait et pourtant, je finis par m'y raccrocher, par la saisir.

 

Vi Veri Veniversum Vivus Vici... Vi Veri Veniversum Vivus Vici... Vi Veri Veniversum Vivus Vici...

 

"Par le pouvoir de la Vérité, j'ai, de mon vivant, conquis l'univers." Docteur Johan Faust. J'avais l'impression d'avoir signé le même genre de pacte avec ce bon vieux Méphistophélès. Mais ce dernier m'avait roulé dans la farine et mon âme ne m'appartenait plus. Je n'avais donc plus rien à perdre. Plus rien à gagner. Une fois ce constat établi, j'attendais sereinement que quelqu'un ou quelque chose vienne briser l'insupportable monotonie de ma pitoyable existence.

 

La chose en question fit irruption un soir (ou un matin ou à un quelconque moment de la journée). Je perçus une vague rumeur faite de cris, de sirènes hurlantes. Je sortis de ma torpeur, me levai péniblement de ma couche et tendis l'oreille. Attentif, je crus déceler comme un vent de panique dans les couloirs. Sensation étrange, je ressentis une vague de terreur me submerger au moment où l'unique ampoule de la cellule s'éteignit dans un râle d'agonie grésillant. Il fallait absolument que je sorte de cet endroit oppressant.

Soudain, la porte se gondola. Choc... Explosion... la porte vola en éclats. Je me protégeai par réflexe en levant mes bras devant le visage. Une fois la poussière retombée, je m'aventurai à lever mon regard. Chose étrange, la peur m'avait quitté.

Une haute silhouette se tenait devant le cadavre de la porte de ma cellule. Des cornes, une queue, des yeux flamboyants. Méphisto était donc venu chercher son dû. Une voix grave et enrouée retentit.

Red Fire en visite 

"Y a quelqu'un dans cette turne?"

 Je ne me rappelais pas que Méphistophélès s'exprimait avec un tel accent. La silhouette s'avança dans la pièce.

 - J'voudrais pas t'déranger dans ta méditation transcendantale, l'rouquin, mais pourquoi t'es enfermé ici ?

 De façon incongrue, me vint à l'esprit les paroles d'une chanson d'un vieux groupe de rock: "He's a mouse in a maze. There are so many ways but there's only one way to get out!"

 - Je suis une souris dans un labyrinthe. Il y a tant de chemins. Mais un seul mène à la sortie..."

- T'aurais pété une diurite, p'tit père que ça m'étonnerait qu'à moitié …"

 La créature (je décidai qu'il ne s'agissait pas de Méphisto venu prendre mon âme) parcourut du regard les murs de ma cellule.

 

- Faust, c'est ça ?

- Tu connais?

- Celui qui a fait un pacte avec le diable? Au cas où t'aurais pas remarqué, j'le suis à moitié ... Bon, allez, ramène toi. Y a les mecs de chez Crey qui s'amènent, on va pas rester là toute la nuit. Si?"

 Je décidai que non. Il était effectivement temps de partir pour moi. Je suivis la créature qui ressemblait à un démon. Les couloirs enfumés étaient éclairés par les gyrophares rouges de l'alarme. Mon sauveur semblait avoir semé le chaos sur son passage. Divers corps de gardes et de scientifiques parsemaient le chemin.

En passant devant une porte arrachée, je m'arrêtai. De vagues souvenirs remontèrent à la surface de mon esprit embrumé.

 

« Hey, p'tit père, tu fais quoi ? Y a gourance, la sortie est par là!"

- Attends un instant. Un truc à régler.»

 

Entrant dans ce qui semblait être une salle de chirurgie (ou de dissection selon le point de vue), j'aperçus, caché derrière un appareil, une silhouette recroquevillée et secouée par les sanglots. Je fis le tour et l'empoignai par les épaules. Je reconnus le médecin chef qui supervisait les expériences menées sur ma personne. Il bavait sur sa blouse et ses yeux étaient vitreux. Une tache sombre s'élargissait sur l'entrejambe de son pantalon. Je reniflai. Pathétique.

 

« Le code. Je veux le code…"

Le médecin me supplia en couinant. Une sourde colère monta en moi. Elle envahissait mon être entier. Je saisis la gorge de mon bourreau et le soulevai tout en me relevant.

« Le code, si tu ne veux pas que je te laisse à ses bon soins »

Je désignai le démon qui se tenait nonchalamment un peu plus loin les mains sur les hanches.

«Projet Veritas. Veritas est le code mais ne dites pas que je vous l'ai dit!»

Ayant obtenu ce que je désirais, je laissai retomber ma pitoyable victime. J'allai vers l'ordinateur principal et tapai le code.

 

«Ca t'écorcherait de m'dire c'que tu cherches?» me demanda de sa douce voix rauque mon sauveur à l'apparence démoniaque.

« Ma vie." lui répondis-je.

"Ta vie sur c'te machine? Y a quoi en vérité ?"

"En Vérité ?" ricanai-je. "Un prétexte pour une soif de pouvoir. Un mensonge pour la façade. Un corps sous les fondations."

"La vache! J'étais passé en touriste dans le coin, j'sauve un pékin et le v'là qui me déblatère un truc pas entravable sur sa vie. Dis, p'tit père, tu me redis ça en clair? Chuis pas très fortiche sur les devinettes."

"Disons que tout cela… » commençai-je avant de m'interrompre devant mes découvertes.

 

Ces dernières s'affichaient sur l'écran. Bien peu de choses finalement. Les recherches de Crey Industry sur mon don n'avaient pas abouti. Nul n'avait découvert l'origine de mon "pouvoir". Quant au reste des informations, ce n'était que broutilles sans importance sur ma vie privée.

Je constatai avec satisfaction que les ordinateurs de ce secteur de recherche étaient liés à un serveur sécurisé, coupé du réseau, afin d'éviter toute tentative de piratage. Ce dossier était vraisemblablement l’unique exemplaire. J’appuyai sans regret sur la touche de suppression.

 

« … est du passé »achevai-je. 

 

verdad exploseJe fis signe à mon compagnon que j’étais prêt à sortir. Nous regagnâmes les longs couloirs au petit trot. Tout en avançant, mon sauveur me posa la traditionnelle question:

«Au fait, c'est quoi ton blaze?"

"C’est une question pour laquelle je n’ai malheureusement pas de réponse pour le moment. Disons que je suis quelqu’un qui te remercie de m’avoir sorti d’ici. Et toi ?"lui répondis-je.

- Moi, c’est Red Fire. Mais j'y connais polope en matière de feu à part pour allumer ma cibiche!" Il éclata d'un rire tonitruant.

- Hé bien, bonsoir Red Fire. Je suppose que tu as prévu quelque chose pour cette base? Histoire qu'elle ne puisse plus servir dorénavant?"

 

Alors que nous franchîmes la porte de service, une énorme explosion retentit. Une énorme boule de feu s'éleva dans le ciel nocturne de Paragon City. L'air s'embrasa. Red Fire se tourna vers moi en me faisant un clin d'oeil:

 

"Un truc ... dans c'genre là?"

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Publié dans Le journal de Verdad

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Commenter cet article
J
<br /> J'apprécie tout ce qui fait preuve d'imagination allié à un regard sur l'humaine condition.<br /> C'est ici le cas. Continuez.<br /> Les illustrations sont également de qualité.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Très bien écrit, les dessins sont superbes (comme d'hab') !<br /> Bravo pour votre démarche ;)<br /> <br /> <br />
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E
<br /> Je retrouve ta plume avec un grand plaisir, mais aussi tes fautes d'orthographe, vilain ! J'avoue cependant, et c'est rare, que ces erreurs ne gâchent pas la lecture. Tu donnes simplement très<br /> envie de lire la suite !<br /> <br /> <br />
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S
<br /> C'est plutôt bien écrit, et c'est agréable à lire.<br /> Bravo aux dessinateurs et bonne continuation.<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Salut Verdad,<br /> Très bonne entame, quelques petits détails à peaufiner mais dans l'ensemble c'est agréable à lire.<br /> <br /> Je te ferais parvenir mon bg sous peu.<br /> Cordialement,<br /> <br /> @Australino<br /> <br /> <br />
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